Continuer à supporter Internet Explorer 6 ?
Le web évolue, les usages aussi. Disons-le clairement, Internet Explorer 6, sorti en 2001, est aujourd’hui une plaie pour les métiers du web et en particulier pour les intégrateurs. Et ceci depuis plusieurs années déjà. Ce n’est pas les alternatives qui manquent, mais pourtant une part non négligeable d’internautes, bien que décroissante, continue à utiliser ce navigateur.
Marqués par la frustration, de plus en plus d’intégrateurs commencent à ne plus supporter IE6, des campagnes fleurissent sur Internet : le métier a besoin d’évoluer. Et je le comprends… Mais doit-on stopper subitement le support d’un navigateur encore utilisé par une part réduite mais non négligeable d’utilisateurs ?
Pour moi, la réponse est clairement non : Le web est et doit rester accessible à tous, y compris aux utilisateurs d’Internet Explorer 6. Entendons-nous bien sur le terme d’accessible : il me parait important que l’utilisateur puisse accéder à l’information voulue sur le site qu’il visite. Que la mise en page ou l’expérience utilisateur ne soit pas la même que dans les navigateurs modernes n’est pas important en soit, il faut juste que ce soit utilisable et lisible. Les années passent, et on ne peut pas demander à une vieille R5 d’offrir le même confort de route que la dernière voiture sortie… Pourtant avec les deux modèles, l’important est que l’on puisse aller d’un point A à un point B.
Il me semble de plus en plus inapproprié de vouloir supporter IE6 comme un navigateur moderne grâce à des techniques plus ou moins complexes, et dont la mise en place est coûteuse en temps… En revanche, rendre le contenu lisible, en appauvrissant, par exemple, l’interface utilisateur, devrait être bien plus simple et surtout plus rapide dans une majorité de cas. Ce qui enlève déjà une épine du pied de l’intégrateur, n’est-ce pas ? Mais de là à stopper tout support du navigateur, je trouve qu’il est encore trop tôt pour une majorité de sites…
Certes, les DSI ne jouent pas leur rôle en bloquant les mises à jour d’Internet Explorer. Mais n’oublions pas que certaines entreprises où certains établissements scolaires ont un parc informatique vieillissant (faute de budget pour le renouveler) et fonctionnant encore sous Windows 2000, où la dernière version d’Internet Explorer est la version 6. D’ailleurs, certaines de ces machines, toujours équipées d’IE6, vont connaître une seconde vie et se retrouver chez des particuliers : « Pour faire un peu de surf sur Internet, c’est largement suffisant ».
Il serait bien sûr possible d’installer un navigateur alternatif sur ces postes… Mais soyons réalistes, nous avons affaire à des utilisateurs peu expérimentés. Certains ne savent pas installer un logiciel, et d’autres ne se doutent pas qu’il existe des navigateurs plus performants que celui installé de base sur leur OS. Pour ceux là, il peut être bon de les alerter en leur expliquant qu’ils utilisent un navigateur obsolète et de leur proposer un navigateur alternatif… Mais ça ne m’étonnerait pas que certains utilisateurs ne comprennent pas le message et l’ignorent, ou pire commencent à paniquer à l’idée de devoir installer un nouveau logiciel et de changer leurs habitudes.
Voilà pourquoi je pense qu’Internet Explorer 6 va encore être présent quelque temps sur la toile, et qu’abandonner complètement son support n’est pas forcément la meilleure solution pour le moment. Pourtant le web a besoin de continuer son évolution, et ces problèmes de compatibilité sont clairement un frein à cette évolution. Proposer une interface simplifiée, moins ergonomique ou graphique, mais néanmoins fonctionnelle peut être une solution envisageable le temps de voir disparaitre complètement ce navigateur de la toile. Encore faut-il faire accepter cette idée aux clients, et trouver les meilleures solutions pour permettre la dégradabilité des interfaces…








5 Commentaires
« Certes, les DSI ne jouent pas leur rôle en bloquant les mises à jour d’Internet Explorer. » Cette phrase m’a fait sursauter. Le rôle du DSI est de faire tourner la boutique avec des applis qui fonctionnent et pour un coût cohérent avec une enveloppe budgétaire qu’il négocie durement. Le navigateur n’est que la partie émergée de l’iceberg. Passer à une autre version d’un navigateur ou à un autre navigateur suppose que toutes les applications existantes soient qualifiées et cela coûte souvent trop cher par rapport au gain espéré, en tout cas sur le court-moyen terme. On ne peut pas dire que le DSI dénigre l’intérêt d’une mise à jour.
@Franck: C’est vrai que je ne devrais pas généraliser. La situation n’est pas aussi simple de leur côté, et je ne dis pas qu’ils bloquent certaines mises à jour sans raison. Mais je suis persuadé que certains relèguent ce genre de détail (pour eux) au Xième plan par manque de temps certainement, d’intérêt peut-être, et/ou de budget…
Je sais ce que ça implique de faire ce genre de mises à jour sur un parc de petite taille, et je peux imaginer les difficultés sur un parc à plus grande échelle. Mais les années passent, et il faudra certainement passer le cap un jour. Je ne pense pas qu’attendre le dernier moment soit la bonne solution, pourtant c’est ce qui est visiblement en train de se passer dans certaines entreprises. À moins que je ne sois totalement à côté de la plaque…
@Franck
Je sais, pour avoir travaillé dans un département informatique d’une des plus grosses boîtes françaises que c’est parfois ce qui se passe : c’est IE6 ou rien, parce que :
1) les applications web utilisées en interne utilisent des technologies propriétaires (ActiveX et compagnie)
2) les utilisateurs n’osent pas se risquer à migrer vers IE7 (ils sont sous Windows XP)
Donc voilà, malheureusement ce que j’ai pu observer. Je souhaite pour ma part la mort la plus rapide possible de ce navigateur, mais je ne cesserai son support pour mes sites que lorsqu’il passera en dessous de 5% d’utilisation. En attendant, je rajoute du code spécifique à IE pour assurer un rendu correct….
Ce sujet est plus que redondant ces derniers temps… Franck, Peter et toi-même l’avez bien montré : une bonne partie des utilisateurs ne changeront pas de navigateur et, plus immuables encore, les parcs informatiques dans des structures qui n’ont souvent ni l’envie, ni le besoin, ni le budget de changer leur matériel (et leurs applications).
Donc la question n’est, pour l’heure, pas de savoir si on doit continuer à faire les choses bien pour MSIE 6 ou non, mais plutôt comment se dépatouiller avec. Bien sûr, niveau frustration on est au top là! Mais n’est-ce pas sensiblement la même chose quand on veut intégrer du javascript? Il me semble que si : on prévoit, pour l’utilisateur qui ne l’a pas activé, une balise noscript.
Je m’interroge plutôt sur où doit-on placer la barre du tolérable en terme d’accessibilité. Apparemment pour Peter, avant MSIE 6, on n’en parle pas, et une fois ce dernier passé sous les 5% d’utilisateurs, il le négligera également (je ne critique pas étant dans le même état d’esprit) mais j’ai lu il y a peu que cela ne risquait d’arriver que dans 10 ans… .
« … rendre le contenu lisible, en appauvrissant, par exemple, l’interface utilisateur … »
Ce dont tu parles ici, c’est la dégradation élégante. Une deuxième façon de voir les choses est évoquée dans cet article de POMPAGE : http://www.pompage.net/pompe/degradation-elegante-et-amelioration-progressive/ et il s’agit de l’amélioration progressive.
De mon côté, je m’interroge toujours…
En tant que webmaster/design amateur et connaissant presque sur le bout des doigts les bugs récurrents d’IE6 (niveau css), je me contente juste que ma page soit « correctement lisible » sous l’actuel doyen des IE.
Je ne vais pas chercher à rendre son rendu sensiblement identique à celui sur les « navigateurs décents », et comme Jean-Luc je pense que c’est le meilleur compromis.
Ayant cherché un moment à faire un site parfait sous tous les browsers, je mettais 300% du temps de dev prévu.